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Interview // Psykick Lyrikah – Derrière Moi // Chronique + Interview (Ulysse Productions)
Interview // Psykick Lyrikah – Derrière Moi // Chronique + Interview (Ulysse Productions)

Genre : Hip-hop, Electronique


 

Sortie : 6 avril

 

 

"Qui rêve encore ? D’ailleurs qui en a le temps ?"


 

Fraichement sorti de l’album « Les Courants Forts » fomenté avec son néo-complice Iris, Arm revient quelques semaines plus tard avec un projet sous la bannière de Psykick Lyrikah. Et quel projet… Ce « Derrière Moi » est d’une autre nature, d’une dimension nouvelle, placé sous un signe différent. Avec cet opus, le MC Arm risque d’ailleurs de perdre une partie de son public, tant l’atmosphère est singulière dans l’approche artistique.


 

Composé de onze pistes, l’album est très homogène, et débute avec « Dans les temps », qui plonge dans l’ambiance pour le reste de la galette. Electronique. Premier mot qui s’impose. Les instrumentales sont, au-delà de l’aspect original, osées. C’est d’ailleurs ce qui détermine cet album : osé. Sans tomber dans les clichés, on flirte entre hip-hop-électro avec une grosse touche « grime », bien que je déteste le terme, et un rythme global assez lent, bien aidé par les rythmiques très sèches de l’album.


 

Arm, quant à lui, ne sourcille pas. Les textes sont toujours clamés avec cette ferveur qui lui est propre. On y plonge et on débarque dans son univers textuel lapidaire, nourrit, prompt à la réflexion et aux idées exaltées. Finalement, les deux morceaux déjà en écoute (« Jusque là », et « Qui ») sont peut-être les plus rentre-dedans de l’album. « Quelle langue » épouse elle aussi ce registre un peu direct et sans détour.


 

La mélodie reprend ses droits sur une autre piste, « Personne », et son rythme accentué par des synthés légers. Mais très vite, on plane, avec « Nos ombres », son beat effacé et ses longues trainées électroniques mélancoliques. Comme rarement, Arm se livre sans détour. « Parfois j’envie ces choses bien plus simples // J’aimerais les dire autrement parfois, mais les craintes sont sévères ».


 

Je sors de ma quiétude sur le dernier titre de l’album, « Derrière moi », et cette instru qui se rapproche plus d’un hip-hop traditionnel, bien que toujours dans la même veine que le reste de l’opus. Ce titre est par ailleurs à rapprocher avec le seul featuring de l’album, signé avec Iris, plus obscur que ce que l’on avait entendu sur « Les Courants Forts », mais aussi plus limpide en ce qui concerne l’association des deux MCs, qui devient l’évidence même.


 

Parfois, j’ai eu l’impression d’avoir à faire à un album plus sombre, plus abrupt, sur la totalité des pistes. L’impression d’une force vive qui s’est mutée en une sensibilité exacerbée via la musique en elle-même et les paroles qui l’accompagnent. Enfin, Arm pèse lourd avec des textes encore très profonds, caractéristiques du chanteur, qui malgré tout prennent souvent le dessus sur des instrumentales radicalement différentes.


 

Voici donc ce que j’ai pensé de cet album, qui n’a donc rien à voir avec le reste de la discographie de l’artiste. Pour aller plus en profondeur, Arm a eu la gentillesse de m’accorder un peu de temps pour répondre à mes questions. Interview.

 

 

« On a sauvé nos rêves, on a craché nos peines, on a vu, rien compris, on a tué nos pères, c’est le son des éclairs »

 

 

Adikt : Salut. Ce prochain « Derrière moi » sonne d’une manière radicalement différente avec ce que tu as sorti jusqu’ici, en tout cas au niveau instrumental. Etait-ce une volonté de changer les choses ? Créer différemment ?


 

Arm : J'ai voulu bousculer un peu les automatismes, et revenir à une énergie plus rap, plus massive et plus brute. Je suis très fier de tous les projets précédents, mais je fonctionne en terme d'envies selon les périodes, là c'était cette esthétique vers laquelle j'avais envie d'aller. J'étais dans une période où je réécoutais beaucoup de rap, je voulais casser les quelques codes que j'avais construit et dégager le temps d'un album tout instrument, quel qu'il soit.

 

 

 

Adikt : Cet album parait un peu « self-made » dans le sens où il n’y a qu’un seul featuring (avec Iris). Qui as-tu appelé en renfort pour les instrumentales ? Je crois aussi savoir que tu as fait appel à Reptile (NTM, Assassin, etc.) pour le mixage. Pourquoi lui ? Tu peux me raconter la rencontre ?


 

Arm: Pour les sons, j'ai tout produit, sauf "Jusque-là", qu'on a composé avec Tepr. Je n'avais pas bossé avec lui depuis la période d'Abstrakt Keal Agram, et j'ai toujours aimé sa façon de travailler. Même si ce qu'il fait aujourd'hui me parle moins, j'avais envie de lui demander un coup de main sur un titre, et vu les couleurs très synthétiques de l'album, c'était le moment idéal. Le titre est un de ceux dont on me parle le plus, en bien comme en mal, c'était exactement ce que j'attendais ! J'en suis très content, le groove hyper lent de ce morceau a quelque chose d'étrange.


Pour le mix, j'ai contacté Reptile parce que j'avais plusieurs albums qu'il avait mixé et dont j'aimais le son. Je lui ai envoyé les disques précédents et la maquette de "Derrière Moi", on a passé une semaine en studio, de manière très cool, sans prise de tête. C'est un mec très talentueux et j'ai vraiment trouvé que c'était important de mettre sa participation en avant pour la sortie du disque, parce que c'est le "featuring de l'ombre" en quelque sorte.

 

 

 

Adikt : La totalité de l’album parait encore plus sombre que ce qu’on avait connu jusqu’ici (même si j’ai lu que tu pensais le contraire !), avec des thèmes abordés qui sortent de l’ordinaire. Quel message as-tu souhaité véhiculer dans cet album ?


 

Arm : Surtout aucun message…y'a pas vraiment de thème, ni de concept particulier sur ce disque, c'est juste des réflexions autour d'une période charnière de ma vie. Je ne me raconte pourtant pas trop, mais j'essaie de laisser une trace de moments de vie, comme d'autres le font en écrivant un livre, en peignant, etc.


Je ne voulais pas que ce disque soit perçu comme un disque sombre dans le discours, il y a des doutes, des réflexions un peu tristes sur des choses, mais ce qui est important, c'est toute l'énergie derrière. Le texte de "rien ne change"par exemple, c'est une putain d'ode à la vie, mais j'ai l'impression que peu l'entendent finalement. Tant pis. Moi je suis heureux de vivre, j'ai pas envie d'avaler des barbituriques comme je viens de le lire sur un blog. Si c'était le cas, je n'irais pas m'emmerder à sortir un disque tout seul et à aller donner des concerts en étant fier de faire la promo de mon travail. "Derrière Moi", c'est tout ce que je laisse de pesant pour mieux rebondir.

 

 

Adikt : Quels sont tes projets actuels et futur ?


 

Arm : En priorité promouvoir cet album sur scène, on est d'ailleurs en plein dedans, et commencer à se pencher sérieusement sur une suite de "Acte" avec Olivier Mellano. On finit aussi quelques dates du spectacle "Richard III" qui nous a pris pas mal de temps, il y a quelques autres petits projets annexes avec David Gauchard. Je suis aussi en train de réfléchir à d'autres projets de disques, et déjà au prochain album de Psykick…

 

 

Adikt : Un dernier mot ?


 

Arm : "Vive la vie" mais pour de vrai. Et merci à toi, comme d'habitude. Venez nous voir les 22 avril à Rennes et le 12 mai à Paris à la Maroquinerie pour du Psykick en mode marathon avec toutes les formules possibles, et la présence d'iris pour enfin du live des "courants forts "!

Neska // adikt

http://adiktblog.blogspot.com/

- posté par reno -